Le wax n’est pas africain et ?

Disclaimer : This article is in French, English version coming soon 🙂 

Le wax, aimé de la majorité, détraqué par certains…le sujet fait réagir, provoque des débats…

Beaucoup ont été surpris suite à la publication d’un article sur Le Monde Afrique  et découvraient que le wax n’était pas un tissu «  Made In Africa » au départ.

Pour ma part, j’ai toujours su que le wax n’était pas un tissu africain, et de surcroît, VLISCO, le géant  hollandais du wax ne l’a jamais plébiscité comme tel, en effet un coup d’œil sur le bas du tissu vous indique clairement «  Le Wax 100% HOLLANDAIS ».

Wax-Hollandais

(c) All rights reserved to the respective owners

Le wax, importé d’Indonésie comme rappelé dans plusieurs articles, est un marché créé de toute pièce car les marchands Hollandais ont vu une opportunité : les Africains avaient un gout prononcé pour le tissu. En bons économistes, et à la recherche de profit ils en ont fait un monopole.

Associer le wax à l’Afrique est clairement une erreur. Il n’est ni produit par nous, ni pensé par nous et on en tire aucun profit – Julie

Le wax est destiné à la clientèle africaine, il est commercialisé à destination de l’Afrique et non pour l’Afrique. Les recettes de ce succès fulgurant du wax vont pour la plupart à la maison mère Vlisco, mais aussi à ses employés sur le continent, car Vlisco possède également Woodin, Uniwax et GTP.

Ce qui dérange ?

« Ce qui me dérange c’est que 80% voire 90% des personnes qui l’achètent pensent que c’est un tissu africain » – Julie

Ce qui était effectivement le cas de plusieurs personnes pensant acheter un tissu traditionnel africain, alors qu’il n’en est rien.C’est donc l’assimilation de la culture africaine au wax qui pose problème pour certains. Il est facile de s’y tromper car lorsque l’on effectue la recherche  “tissu africain” sur Google on tombe sur du wax. J’ai posé la question à des femmes africaines proches et elles ont admis en grande majorité  : quand on pense tissu africain, on pense wax en premier.

smallmainfaces

(c) Vlisco

Ce qui m’amène à poser cette question : L’Afrique ne s’est-elle pas appropriée, elle aussi, le wax ? N’avons-nous pas baigné dès la tendre enfance dans ces tissus colorés ?

Je dirais que le wax fait partie de ma culture parce que j’ai grandi avec. Peut-être ai-je une culture hollandaise ?   – Céline

Cette appropriation passe par la créativité dont les marchands togolais, béninois et bien d’autres rivalisent pour les nommer. Donner un nom à un tissu « Si tu sors, je sors » n’est-elle pas la première étape de l’appropriation ? Viens ensuite l’étape de la personnalisation, le passage chez la couturière et ensuite le port de ce tissu qui devient en quelque sorte sien. Si le wax a été assimilé à l’Afrique, c’est peut-être aussi parce que l’Afrique a adopté ce tissu que l’on retrouve partout mais pas seulement, les créateurs africains l’ont fait évoluer. Vlisco s’en félicite d’ailleurs «  la marque est honorée de faire partie de leur riche culture…. Elle tient à saluer leur passion pour le véritable Wax Hollandais et leur créativité ».

Qu’en est-il alors des tissus traditionnels africains ?

Quand je vais acheter mes tissus dans les boutiques à Paris, ils n’ont souvent que du wax. Trouver un tissu africain à Paris n’est pas si facile que ça – Céline

Justement, ne trouves-tu pas ceci déplorable que le seul pagne que certains africains vendent n’est pas africain ?  – Julie

Beaucoup se plaignent du fait que le wax étouffe les tissus traditionnels. Il est vrai que le wax est le tissu qui est préféré au détriment d’autres tissu mais pourquoi le wax réussit-il là où les autres tissus peinent ?

Le wax a été un symbole d’appartenance, un signe distinctif dans la société. Mais c’est aussi, selon certains créateurs une question de créativité, d’inventivité et de prix.

« Je pense que le wax a eu et a sa  place par sa diversité de couleur, motifs, texture parfois et surtout son prix assez bon marché » – Alida créatrice MAKE ME PROUD

Alors, tout comme l’Afrique s’est approprié le wax en lui donnant un nom, une signification, n’est-il pas judicieux  de se ré-approprier les tissus traditionnels de la même façon ?

« Je pense que jusqu’à présent ce qui a manqué au Bogolan est son incapacité à se diversifier, en termes de couleur par exemple. Pour le Kita je dirais que c’est le prix et son caractère royal qui est la conséquence directe de son manque d’utilisation au quotidien, même si les choses commencent à changer, et il le faut car des marques non africaines commencent à l’utiliser, c’est un joyau, nous ne devons pas passer à côté. » – Alida créatrice de MAKE ME PROUD

Comme évoqué précédemment le wax possède certains attributs qui font graviter la demande vers ce produit. Mais en réalité, le wax est partout, ce n’est plus quelque chose de singulier il est en quelque sorte tombé dans le domaine public. Cette démocratisation du wax, des rues de Los Angeles à celles de Sydney n’appelle pas à se tourner vers les tissus moins utilisés ?

Face au wax qui est devenu beaucoup trop accessible, certains créateurs se tournent plus vers le bogolan, le kente le chouéchoué sud-africain. L’enjeu est à la différenciation et  l’innovation dans un marché saturé par le même tissu – Dorah Kingue

 Mais la vraie question demeure : est-ce que nous voulons réellement que nos tissus traditionnels deviennent “comme” du wax ?

Certains tissus ne sont arborés que lors de certaines cérémonies, preuve qu’il existe encore des personnes qui accordent de l’importance aux traditions et à la valeurs de nos tissus. Comme le soulignait Laduma, créateur de Maxhosa, les africains portent de moins en moins leur héritage. Oui à une revalorisation, une mise en avant de nos tissus sans en faire du wax, car aussi célèbre que ce tissu est, il en perd même son originalité, ainsi que le soulignait une contributrice «  Si demain on vous dit soirée afro, venez-habillé de tissus africains 90% des personnes seront en wax ».

Préserver nos traditions est un luxe dans le monde moderne. On se plaint que les tissus africains ne résistent pas face au wax hollandais, mais il existe des wax made in Africa, comme FANTEX, se concentrer sur ceux-là permet de garder une grande partie des profits en Afrique. Des tissus comme le bogolan sont également travaillés par plusieurs marques comme Tongoro au Sénégal. Maxhosa, est également une marque qui met en avant la tradition Xhosa (Afrique du Sud), inspiré des motifs en perles de sa culture, le créateur les retranscrit en imprimés tout en gardant cette touche moderne. La vraie bataille se situe au niveau de la connaissance, de la découverte de nos propres tissus, de leur signification et une ré-appropriation de ces derniers plutôt que dans l’accusation du wax. Si le wax n’avait pas plu il ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. Il est temps de faire honneur à l’héritage africain et l’arborer fièrement.

 ” C’est bien de connaître l’histoire des tissus mais pour moi sur le marché actuel chacun à sa place! ” – Lélé La Modeste

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s